བྱིན་བརླབས་
(byin brlabs)
1. Étymologie et équivalent sanskrit
Le terme tibétain བྱིན་བརླབས་ (byin brlabs) est la forme abrégée de བྱིན་གྱིས་བརླབས་པ་ (byin gyis brlabs pa), composée de བྱིན་ (byin, pouvoir, splendeur) et བརླབས་ (brlabs, transformer). Il constitue la traduction tibétaine du sanskrit adhiṣṭhāna, dérivé de *adhi* (au-dessus, sur) et *sthāna* (position, établissement), signifiant littéralement « se tenir au-dessus » et véhiculant des idées de prise de possession, de présence intérieure, de protection et de souveraineté. Selon le Dalaï Lama, བྱིན་ (chin) signifie « potentiel magnifique » et རླབས་ (lap) signifie « transformer », d’où le sens complet : « transformation en un potentiel magnifique ».
2. Traduction la plus fréquente
La traduction la plus courante en français est bénédiction.
3. Alternatives de traduction
Plusieurs traductions reflètent les nuances du terme selon les contextes : – Inspiration (pour les êtres vivants) – Consécration (pour les objets inanimés) – Influence spirituelle ou grâce – Pouvoir transformateur – Rayonnement ou pouvoir de l’éclat (lié à གཟི་བྱིན་, gzi byin) – Vague englobante de splendeur et de pouvoir (traduction littérale)
4. Sens principal
བྱིན་བརླབས་ (byin brlabs) désigne l’influence spirituelle, le pouvoir ou la grâce qui émane d’une source éveillée et transforme celui qui la reçoit. Selon la définition tibétaine, il s’agit du rayonnement, de l’éclat (གཟི་བྱིན་, gzi byin) qui rend capable et puissant, qui permet à la capacité de pénétrer et de se manifester [TDC]. Dans le contexte des voies supérieures, c’est le pouvoir inhérent au sens profond du dharma. On parle d’inspiration ou de grâce pour les êtres, et de consécration pour les objets inanimés.[2][3]
5. Sens contextuels et nuances sémantiques
a) Le processus de transformation spirituelle
Selon Bamda Gelek, maître Jonang, le terme « conférer la bénédiction » (བྱིན་བརླབས་) signifie « octroyer » (བྱིན་) au courant mental de quelqu’un, en dépendance du corps, de la parole et de l’esprit du lama, des qualités et pouvoirs excellents qui permettent et autorisent l’abandon des obscurcissements. Par la force de cet octroi et par la force de ce pouvoir, on devient capable d’entraîner et de transformer son précédent courant mental en absorption méditative (ཏིང་ངེ་འཛིན་, ting nge ‘dzin) et en esprit de bodhicitta, et de purifier les diverses obscurations. La bénédiction réelle est reçue lorsque les attributs vertueux de l’esprit gagnent en force et que ses caractéristiques défectueuses s’affaiblissent ou se détériorent.[1][2]
b) Sources et réception de la bénédiction
Dans le bouddhisme tibétain, les bénédictions *adhiṣṭhāna* constituent une part importante de la transmission ésotérique reçue du guru et de la lignée. La réception de ces bénédictions dépend de la motivation, de l’aspiration et de l’intentionnalité appropriées de l’étudiant (en référence à la bodhicitta), ainsi que d’une « dévotion » (*bhakti*) suffisante. Ces bénédictions peuvent être reçues du guru de l’étudiant lors de l’initiation, du yidam durant la pratique de la déité yoga, ou simplement par la présence d’objets sacrés tels qu’un stupa.
d) Consécration des substances et objets
Le terme s’applique également à la consécration d’objets matériels et de substances rituelles. Par exemple, l’expression ཆུ་དེ་ཟག་མེད་ཡེ་ཤེས་ཀྱི་བདུད་རྩིར་བྱིན་གྱིས་བརླབས་ signifie « consacrer cette eau en nectar de sagesse primordiale sans souillure » [TDC]. Cette pratique transforme des substances ordinaires en supports sacrés imprégnés de pouvoir spirituel.
e) Distinction avec abhiṣeka (empowerment)
Bien que *adhiṣṭhāna* (bénédiction) et *abhiṣeka* (empowerment, དབང་བསྐུར་, dbang bskur) soient tous deux des formes de transmission ésotérique dans le Vajrayāna, ils diffèrent dans leur fonction. L’abhiṣeka est une initiation formelle qui autorise l’étudiant à commencer une pratique méditative particulière, utilisant originellement un rite d’onction avec de l’eau. L’adhiṣṭhāna, en revanche, est un pouvoir transformateur plus général qui peut être transmis de diverses manières et qui opère une transformation graduelle du continuum mental du récipiendaire.
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