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Le paradigme « Base Voie Fruit » གཞི་ལམ་འབྲས་བུ་

Le cheminement du Dharma est présenté suivant le paradigme cognitif « Base-Voie-Fruit » གཞི་ལམ་འབྲས་བུ

On peut voir གཞི་ལམ་འབྲས་བུ comme une métaphore du voyage avec pour point de départ notre état habituel, et ensuite la voie, jusqu’au fruit qui est l’état d’éveil.

 

« Base Voie Fruit » est ainsi le paradigme qui résume toute la voie d’éveil, du début jusqu’à la fin. Nous allons maintenant considérer la transition de la base au fruit.

 

La base གཞི་ est le fruit voilé

 

La base est notre esprit habituel, avec ses passions et ses illusions : c’est ce qu’on nomme l’esprit སེམས impur མ་དག་པ  (མ་དག་པའི་སེམས) ou voilé. La base est l’état duel de la conscience habituelle རྣམ་ཤེས. Au niveau de la base, l’esprit est donc voilé, masqué, par deux voiles :

 

  1. Le voile des passions, des émotions conflictuelles ཉོན་མོངས་པའི་སྒྲིབ་པ

ཉོན་མོངས་པ a le sens de passions, de « ce qui perturbe », les ཉོན་མོངས་པ sont les émotions conflictuelles ou perturbatrices. Il y a dans le terme ཉོན་མོངས་པ l’idée de dérangement, de perturbation et d’obscurcissement.

 

  1. Le voile de la dualité, des illusions duelles, ou du connu ཤེས་བྱའི་སྒྲིབ་པ
  • ཤེས་ signifie : connaître, expérience, expérimenter
  • ཤེས་བྱ་ signifie: ce qui est connu, le connaissable

 

ཤེས་བྱའི་སྒྲིབ་པ est le voile de ce qui est connu, expérimenté comme étant autre, dans l’altérité de la dualité. Cette expérience de la conscience duelle est le voile de la dualité.

C’est dans la dualité sujet-objet qu’émergent les relations duelles et conflictuelles, les différentes passions qui constituent le voile des passions.

 

Ces deux voiles, des passions et de la dualité, sont les souillures « adventices » qui sont dissipées, évacuées par la pratique des entrainements.

 

Les souillures adventices གློ་བུར་གྱི་དྲི་མ་

 

« Adventice » à le sens « d’accidentel », ou de « non essentiel ». Les souillures adventices ne sont pas essentielles essentielles et si elles l’étaient, alors les impuretés de l’esprit ne pourraient être ni purifiées, ni dissipées. Mais elles ne sont que des accidents, des déformations, des artéfacts ou des surimpositions qui recouvrent, masquent, déforment, travestissent et voilent la nature de l’esprit et la réalité fondamentale.

Les illusions sont surimposées, superposées, à la réalité fondamentale. Elles sont des surimpositions, des superfétations. Elles forment un voile qui masque et travestit la réalité fondamentale en la déformant dans des représentations illusoires.

Ainsi, la base est le fruit voilé par des impuretés adventices.

Nous pouvons nous en souvenir dans la formule mnémotechnique simple :

 

« La base est le fruit voilé »

B (base) = F (fruit) + v (voiles)

 

Le fruit འབྲས་བུ་

Le fruit est l’éveil, la fin des passions et de l’illusion, la fin de duhkha. Les qualités éveillées, les qualités de Bouddha sont immanentes en la nature de l’esprit. Elles transcendent les voiles de la dualité et des passions.

Remarquez que dans le Dharma la transcendance est celle de la dualité et de l’illusion, tandis que dans les traditions théistes, c’est la nature qui est transcendée pour accéder au surnaturel ; mais le surnaturel théiste est un ailleurs purement conceptuel et imaginaire et l’imaginaire n’a d’existence que relative et fondamentalement illusoire.

 

Retenons la formule simple qui procède de la définition de la base :

 

« Le fruit est la base dévoilée ».

 F = B – v

 

Les qualités de bouddha སངས་རྒྱས་ཀྱི་ཡོན་ཏན་

 

La Voie est « dévoilement-développement » ཚོགས་བསགས་སྒྲིབ་སྦྱང་

Développement ཚོགས་བསགས

  • བསགས་ signifie : accumuler, regrouper, développer, cultiver
  • ཚོགས་ signifie : assemblée, groupe, assembler, grouper, regrouper, regroupement, collection, ensemble, domaine.
  • ཚོགས་བསགས pourrait signifier littéralement « accumuler » ou « regrouper les domaines » ou bien « cultiver les domaines », « cultiver les développements» entendu que les domaines dont il s’agit sont ceux des vertus, les bienfaits et de l’expérience première. Nous en parlerons en détails ultérieurement.

 

Nombre de traducteurs choisissent couramment de traduire བསགས་ par « accumulation ». Ils parlent alors « d’accumulation de mérites ». Nous évitons cependant cette traduction car « mérite » donne vite à cette expression la connotation théiste de récompense obtenue dans le cadre d’un jugement ou d’une évaluation, alors que dans le Dharma le contexte est thérapeutique et de causalité.

De plus, il ne s’agit pas d’accumuler, comme le ferait une personne avide de richesses mais plutôt de développer ou de cultiver les vertus et l’expérience première.

Particulièrement, pour le deuxième domaine, celui de l’expérience première, parler « d’accumulation d’expérience première » n’aurait guère de sens, l’expérience première n’étant pas quelque chose qui s’accumule.

Nous traduisons donc les deux développements ཚོགས་གཉིས comme :

 

Dévoilement སྒྲིབ་སྦྱང་

  • སྦྱང་ purifier, dissiper
  • སྒྲིབ་ voile, obscurcissement

 

La dissipation des voiles est le dévoilement, et comme nous l’avons vu plus haut il y a deux voiles : celui des passions ཉོན་མོངས་པའི་སྒྲིབ་པ et celui de la dualité ཤེས་བྱའི་སྒྲིབ་པ.

Ainsi, la voie est un processus de « dévoilement-développement », la disparition des voiles révélant ou développant les qualités éveillées.

Nous exprimons le « dévoilement-développement » de façon concise, par le mnémonique « Dév-Dév ». Dév-Dév est tout le processus de la pratique sur la voie, de la dualité à la non-dualité. Quand le dévoilement est achevé, l’éveil est réalisé : le double développement concomitant au double dévoilement est alors pleinement accompli dans la perfection de l’intelligence immédiate et de toutes ses vertus.

En bref, le point essentiel de la progression dans sa dynamique de dévoilement-développement consiste à comprendre que la Base est le Fruit voilé et que le Fruit est la base dévoilée.

Cela revient à dire que tout le processus d’éveil est un processus de dévoilement qui consiste à éliminer et évacuer de la base les illusions que l’on dit adventices, car elles ne sont pas essentielles, et qui ne sont que de simples surimposition à la base. La base est une déformation, un travestissement du fond qui est le fruit. Cela peut s’illustrer dans la métaphore de la carte et du terrain : le calque de la carte étant surimposé au terrain, ou encore dans la métaphore du paysage enténébré (voir ci-dessous).

Pour bien intégrer cette notion, on peut la formuler dans la formule très simple :

 

V = Dév-Dév

 

En conclusion : la voie est une opération de dévoilement dans laquelle les qualités du fruit qui en est le fond sous-jacent et immanent, se révèlent et se développent. C’est ainsi qu’il y a le développement des vertus et de l’expérience première et la révélation de la présence des qualités éveillées.

A noter que moins il y a d’illusions, plus il y a de réalité et plus il y a de qualités. Illusions et réalité sont inversement proportionnelles, tout comme illusions et qualités.

A la limite, c’est quand il n’y a plus d’illusion, plus de voiles que la réalité ultime est pleinement dévoilée que se manifeste la réalisation des qualités éveillées dans toute leur perfection.

 

La plénitude de la perfection primordiale naturelle est le fruit qui est vide d’illusion, mais plein de la réalité des qualités éveillées, les qualités de l’état de Bouddha.

 

3. L’enseignement de réalité : interdépendance et amour altruiste

« Le Dharma », l’enseignement phénoménologique de la réalité,

Est une démarche de type scientifique,

Selon les deux moyens de connaissance valide

Des tenants de la voie médiane.

 

La pratique transformative du Dharma fait réaliser

L’expérience de l’interdépendance altruiste (IA)

Qui est vacuité et compassion,

Ces deux qualités fondamentales sont ultimement

Une seule et même expérience éveillée,

Leur dénominateur commun est le double non-soi,

Dont l’expérience est harmonie, santé et bonheur.

 

L’enseignement du Dharma est une démarche de type scientifique fondée sur l’expérimentation et sur les deux moyens de connaissance valides ཚད་མ་གཉིས་ de la voie médiane དབུ་མའི་ལམ que sont l’inférence logique རྗེས་དཔག་ et l’expérience directe immédiate མངོན་སུམ་ .

La vacuité, sunyata སྟོང་པ་ཉིད་ qui est synonyme d’interdépendance et la compassion karuna སྙིང་རྗེ qui est synonyme d’altruisme, ont pour dénominateur commun l’expérience première ཡེ་ཤེས, directe et immédiate, non-duelle. Cette expérience première non-duelle གཉིས་མེད་ se vit dans les deux non-soi བདག་མེད་གཉིས་ que sont le non-soi de la personne གང་ཟག་གི་བདག་མེད་ et le non-soi des phénomènes ཆོས་ཀྱི་བདག་མེད་ .

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