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La vacuité

སྟོང་པ་ཉིད་

1.     Les deux grands types de vacuité

སྟོང་པ་ཉིད་ Vacuité est synonyme d’interdépendance, de non-soi, d’émergence en interdépendance .

རྟེན་ཅིང་འབྲེལ་འབྱུང་ l’émergence en interdépendance que l’on résume en རྟེན་འབྲེལ་

L’émergence en interdépendance

རྟེན་ཅིང་འབྲེལ་འབྱུང་

Les phénomènes que l’on expérimente émergent, se manifestent, (« émergent » est un terme contemporain pertinent), dans le jeu d’événements de facteurs interdépendants, qui les font apparaître.

Le phénomène a une réalité dépendante et conventionnelle. Il existe en tant que ce comme quoi on le perçoit, le conçoit. Le phénomène n’a pas de réalité réelle en soi, c’est sa vacuité. Il est le jeu d’éléments interdépendants, vides de soi, vides de la réalité que l’on perçoit en lui comme une chose qui serait permanente, autonome et indépendante.

En bref, l’interdépendance réfute l’indépendance. C’est très important car il n’y a rien d’indépendant qui ait une existence en soi, de soi, par soi. C’est pourquoi tout est vacuité.

Le vide de soi

རང་བཞིན་གྱིས་སྟོང་པ

« Tout est interdépendant et c’est pourquoi tout est vide » est une parole célèbre de Nāgārjuna : « Il n’est de phénomènes qui ne soient interdépendants, c’est pourquoi il n’est de phénomènes qui ne soient vides », ou autrement dit, tout phénomène est interdépendant c’est-à-dire que tout phénomène est vide.

Ici vide est vide de soi རང་སྟོང་, vide de sa nature propre རང་བཞིན་གྱིས་སྟོང་པ, de la façon dont on a tendance à le percevoir.

Le vide d’autre

གཞན་སྟོང་

Une définition du vide d’autre གཞན་སྟོང་ : ཡོངས་གྲུབགཞན་གྱིས་སྟོང་

ཡོངས་གྲུབ la perfection, la troisième caractéristique des Cittamātrin, l’état parfait, l’état de perfection, vide d’autre.

ཡོངས་གྲུབགཞན་གྱིས་སྟོང་ signifie littéralement la perfection vide d’autre.

L’« autre » གཞན་, c’est l’altérité et cette altérité est གཉིས་འཛིན་, la saisie duelle que l’on a déjà vue comme ང་འཛིན་པའི་སེམས et ཕྱིར་གཟུང་བའི་ཡུལ་.

Il est intéressant et très important de comprendre que la perfection vide d’autre, c’est en français une définition de l’absolu.

L’absolu, terme philosophique, se définit comme ce qui est sans autre, ce qui ne dépend pas de quelque chose qui lui est autre. L’absolu sans autre est l’absolu sans dualité, l’absolu non dualité.

Cet « absolu non dualité » c’est la claire lumière, l’état d’éveil, c’est aussi la nature de la déité. ་

Cette notion de གཞན་སྟོང་ est importante dans le Vajrayāna, le Mahāmudrā, et le Dzogchen pour exprimer avec justesse la plénitude de la vacuité, la vacuité qualifiée, la vacuité pleine de qualités, la vacuité de la perfection absolue.

Remarque : རྟེན་འབྲེལ་ est un terme polysémique qui signifie aussi coïncidence et signe. Quand on dit : « C’est un bon རྟེན་འབྲེལ་  » cela veut dire c’est un bon signe, c’est une bonne coïncidence. Le mot coïncidence, – c’est là une digression -, est intéressant si on l’entend littéralement་ Une coïncidence est une incidence commune, une sorte de concordance de phase. Il y a l’idée d’un rythme des cycles temporels qui rythment la réalité cyclique du temps. C’est comme une sorte d’harmonie des cycles avec des concordances de phases qui sont les coïncidences et avec des signes en ce sens positifs. C’est la base de tout ce qui est divinatoire au sens profond, l’intelligence des coïncidences.

2. Évacuation des huit conceptions

སྤྲོས་པ་བརྒྱད་

L’au-delà des conceptions

Niṣprapañca, སྤྲོས་བྲལ་  l’au-delà des conceptions, la transcendance des quatre couples de concepts fondamentaux. C’est une notion centrale chez les Mādhyamika.

སྤྲོས་བྲལ་ libre de conceptions

Ce vide de concept est l’état de vacuité, l’état de réalisation de la première terre de Bodhisattva.

C’est la transcendance du conceptuel, le fait de ne pas être illusionné par les concepts et leurs axiomes, les catégories a priori de l’entendement qui structurent toute notre pensée habituelle.

Les Mādhyamika  en font une réfutation initialement logique réduisant à l’absurde ces axiomes, en montrant les contradictions internes qui y sont inhérentes, en les poussant à la limite. C’est l’approche dite des conséquentialistes, les Prasaṅgika.

Cette approche logique conduit à une négation directe, c’est-à-dire à une suspension de jugement, une suspension de conception qui introduit à l’expérience directe immédiate et aconceptuelle.

L’évacuation des huit catégories conceptuelles coupe court à la conceptualisation habituelle et à toutes ses déterminations. Cette évacuation est la porte d’entrée en l’expérience aconceptuelle, et non duelle.

སྤྲོས་པ་བརྒྱད་ les huit conceptions

Les huit grandes conceptions sont རྟགཆད, གཅིག་དང་ཐ་དད་, འགྲོ་འོང, སྐྱེ་འགག

L’éternalisme et le nihilisme

རྟགཆད l’éternalisme et le nihilisme, la permanence et le rien

L’éternalisme et le nihilisme sont deux grandes catégories de la pensée et de la philosophie.

L’un et le multiple

གཅིག་དང་ཐ་དད་ l’un et le multiple

L’ allée et la venue

འགྲོ་འོང l’ allée et la venue

L’origination et cessation

སྐྱེ་འགག l’origination et cessation dans le domaine temporel

L’évacuation des huit catégories conduit à l’expérience de la vacuité, la vacuité de non appui, la vacuité aconceptuelle.

Le passage par སྤྲོས་བྲལ་ est indispensable pour entrer véritablement dans la vacuité qualifiée du གཞན་སྟོང་

 

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