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14c-f

De « l’esprit-conscience-expérience-cognition »

Sont les vies, les morts et les naissances,

Les  états multiples de la conscience, le samsara,

Qui comprend trois états, six mondes et de nombreuses subdivisions.

Le samsara

Les cycles de la conscience induisent des états multiples de la conscience qu’on nomme samsara འཁོར་བ en tibétain, qui signifie littéralement « tourner en rond » et que l’on traduit parfois par le « cycle des existences » qui est décrit par les douze facteurs de la production en interdépendance.

Le samsara est structuré comme la conscience duelle : sujet, objet, relation, c’est-à-dire le processus cognitif duel sujet, objet. La relation entre le sujet et l’objet, ses qualités de tonalités émotionnelles et d’intensités viennent des imprégnations, des empreintes latentes qui vont façonner les différents états de conscience.

La conscience peut s’envisager avec deux caractéristiques : sa tonalité et son intensité. On parle d’une tonalité émotionnelle décrite dans les caractéristiques des six loka, avec leurs émotions dominantes : colère-haine, insatiabilité-avidité, bêtise-stupidité, désir-attachement, jalousie-rivalité, orgueil-suffisance. Ce sont les six tonalités.

L’intensité de la conscience est celle de sa polarisation entre le sujet et l’objet. Chacune des six tonalités peut être plus ou moins polarisée. Dans une polarisation extrême, infernale, on se cogne la tête contre le mur de ses projections solidifiées dans la saisie la plus intense qui soit ; ce sont les états infernaux. Les états divins, à l’inverse, sont les moins polarisés et les plus proches d’un état de non-dualité quoiqu’encore légèrement polarisés et en ce sens subtilement duels.

Tous les états du samsara sont des états de conscience modelés par le karma, qui est le processus créateur et sustentateur du samsara , entendu que les actes conscients induisent des empreintes karmiques qui ont pour conséquences des états de conscience ultérieurs.

Tous nos faits et gestes conscients laissent des empreintes nommées samskara ou འདུ་བྱེད qui subsistent comme empreintes latentes ou potentialités dans la conscience fondamentale jusqu’à ce qu’elles rencontrent les circonstances favorables qui les font s’actualiser, se manifester comme vasana, བག་ཆགས་ , propensions induisant et conditionnant de nouveaux états de conscience.

Les trois états de la conscience

Dans le registre de la conscience, il convient aussi de parler des trois mondes et des six états de conscience.

ཁམས་གསུམ sk. tridhātu, traidhātuka, trailokya

Les trois mondes du saṃsāra  sont également les trois mondes de la conscience, les trois royaumes.

ཁམས་ a vraiment le sens d’état. Ce sont les états de la conscience, les états de l’esprit, les états de « l’esprit-conscience ».

1.     L’état passionnel, le monde des désirs

འདོད་ཁམས sk. kāmadhātu, kāmaloka, l’état passionnel, le monde des désirs

འདོད་ désir

2.     L’état formel

གཟུགས་ཁམས་ sk. rūpaloka, l’état formel

C’est le monde de la forme subtile avec des états de conscience qui ne sont plus passionnels mais qui sont encore dans la forme, dans des formes subtiles.

Ce sont des états divins qui correspondent aux quatre dyānas ou absorptions méditatives (བསམ་གཏན་བཞི་)

Il y a dix-sept états d’états divins qui correspondent à dix-sept niveaux de méditation dans lesquels il y a de moins en moins de saisie, de plus en plus d’ouverture et de clarté.

3.     L’état sans forme

གཟུགས་མེད་ཁམས་ sk. arūpaloka, ārūpadhātu, l’état sans forme

C’est le monde du sans forme, qui est un état de conscience qui n’est plus dans un état habituel.

Dans le monde informel, on peut distinguer quatre domaines qui correspondent à des états de méditation informelle :

Le domaine de l’espace infini

ནམ་མཁའ་མཐའ་ཡས་སྐྱེ་མཆེད le domaine de l’espace infini

Le domaine de l’espace illimité est encore un état de conscience subtil sans forme mais duel dans le sens où il y a l’expérience de l’espace illimité, « on » expérimente une ouverture semblable à l’espace illimité.

Le domaine de la conscience illimitée

རྣམ་ཤེས་མཐའ་ཡས་སྐྱེ་མཆེད le domaine de la conscience illimitée

Le domaine de la conscience illimitée, infinie est plus subtil que le précédent mais cette conscience illimitée est un peu ce que dans le « new âge » on nomme la conscience cosmique, ce genre d’état de conscience sans limite qui embrasse et pénètre toute chose, mais qui est encore une expérience duelle.

Le domaine du rien

ཅི་ཡང་མེད་པའི་སྐྱེ་མཆེད་ le domaine du rien

C’est le domaine du rien, de la non référence, mais de façon très subtile ; l’absence de référence peut devenir une forme de référence, une forme d’appui très subtil.

    • ཅི་ཡང་ quoi que ce soit
    • མེད་པ་ il n’y a pas

Le domaine de ni conception, ni non-conception

འདུ་ཤེས་མེད་འདུ་ཤེས་མེད་མིན་གྱི་སྐྱེ་མཆེད་ le domaine de ni conception, ni non-conception

Il n’y a ni perception, ni non-perception. C’est le domaine le plus subtil de la conscience duelle mais c’est encore un état samsarique.

 

Question : Dans les quatre niveaux de conscience du monde sans forme, est- ce qu’il y a toujours quelqu’un qui expérimente quelque chose, finalement même de manière subtile ?

Réponse DR : Oui, il y a un expérimentateur qui vit une expérience. C’est très subtil et cela a donné lieu à des débats. D’une façon implicite, logique mais aussi expérientielle, l’expérience vécue implique un expérimentateur et donc, ces états de conscience très subtils sont expérimentés par un expérimentateur très subtil,  dans une forme très subtile de dualité.

Il est important, surtout si on pratique la Pleine Présence, de découvrir l’espace infini afin d’avoir cette ouverture de l’espace infini ; c’est une très bonne étape, on peut dire indispensable d’une façon générale, mais il s’agit ensuite de ne pas rester, comment dire, « scotché » dans un espace infini car l’appui sur un espace infini ferait naître dans ce domaine divin de l’espace infini; il en est de même pour la conscience infinie, etc.

Ces domaines du sans forme sont des états de conscience très subtils et de grande qualité mais néanmoins toujours samsariques, toujours duels. Il est dit que ce sont ces expériences que le Bouddha avait découvertes auprès de ses maîtres avant de partir à la quête de l’éveil car il s’était rendu compte que ce n’était pas l’éveil.

 

Question : Quand on est au-delà des mondes sans forme, quand on dit qu’il n’y a rien, ni conception, ni perception, ni ego, ni individualité, mais que seule l’énergie reste, est-ce l’état de compassion, d’intelligence, de discernement, de pénétration subsiste ,- je veux dire un état de compassion intelligente qui n’est pas rien-?

Réponse DR : Ce n’est pas un rien nihiliste du tout, ce n’est pas une vacuité nihiliste dans laquelle il n’y a rien.

C’est un état de plénitude, mais dans lequel on n’est pas en tant que témoin.

Il convient de considérer cette citation : « Sache ce que tu es et tu comprendras que tu n’es rien et n’étant rien que tu es tout, c’est tout ». Si on prend une image, l’individualité est comme une goutte d’eau ; et, lorsque dans l’ouverture, la goutte d’eau en quelque sorte s’évapore, dans cette évaporation elle se diffuse dans tout l’espace et devient en ce sens omniprésente. Elle n’est plus rien, elle est devenue tout et c’est là le sens de l’omniprésence, mais il est difficile de parler de quelque chose qui n’est pas du registre de la conception.

Ces trois états sont les trois états de la conscience, passionnelle, formelle, et sans forme. Ils incluent tous les états du Saṃsāra  qui sont aussi présentés dans la classification des six mondes, les six royaumes, les six classes d’êtres.

Les six classes d’êtres, les six mondes

འགྲོ་བ་རིགས་དྲུག les six classes d’êtres

On les nomme aussi les six classes de vivants, les six mondes, les six royaumes.

འགྲོ་བ་ les vivants, les migrants, ceux qui vont, les passants.

On peut traduire par « six classes d’êtres », tout en sachant que cela inclut une notion anthropologique d’être – un peu occidentale-  ou bien par les six classes de conscience, les six mondes de la conscience.

  • རིགས་ la famille, la filiation, la classe
  • དྲུག་ six

Ces différents états sont des états de la conscience et c’est en tant qu’état de conscience que l’on est susceptible de migrer, de transmigrer d’un état à l’autre, aussi bien dans cette vie que dans une continuité d’existences, en évitant les versions animistes : il n’y a pas une conscience d’éléphant qui renaît dans une souris parce qu’un éléphant c’est plus gros qu’une souris !

Ces six classes de conscience (ou ces six états) sont déterminées par deux facteurs : l’intensité dans la saisie cognitive et la tonalité (colère, haine, bêtise…)

1. Les états infernaux

དམྱལ་བ sk. naraka, les états infernaux

2. Les esprits avides

ཡི་དྭགས་ sk. preta, les esprits avides. Il y a une décroissance de la polarisation et une tonalité d’avidité insatiable.

3. La condition animale

དུད་འགྲོ་ sk. tiryak, la condition animale, ce qui se déplace ” baissé,” à quatre pattes. Elle est caractérisée par la bêtise qui est un manque de clarté, d’intelligence.

4.     La condition humaine

མི sk. manuṣya, la condition humaine qui est caractérisée par le désir-attachement

5.     Les états de dieux jaloux

ལྷམིན་ sk. asura, les états de dieux jaloux, les non-dieux, anti-dieux

6. Les états divins

ལྷ sk. deva, les états divins ont de nombreuses sous-divisions. Il y en a quatre ou six dans le domaine passionnel, dix-sept dans l‘état formel et encore quatre dans l’état informel.

Question : Que sont les gandharva ?

Réponse DR : Les gandharva sont une classe d’êtres de conscience dans les états divins, dans les premiers états divins, ceux qui sont encore dans le monde des états passionnels.

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