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Ouverture, clarté, bonté, deviennent conscience duelle

L’ignorance est la source de la conscience duelle.

Dans l’ignorance, aux trois dimensions de l’esprit pur non duel se substituent les trois termes de la dualité sujet-objet-relation. Les trois qualités fondamentales སྟོང་གསལ་མ་འགགས་པ, vacuité, clarté et qualités illimitées n’étant pas reconnues, s’y substituent sujet, objet et relations habituelles.

A l’ouverture se substitue un point de référence central qui est le sujet, à la clarté se comprenant en elle-même se substitue l’expérience d’objets extérieurs et aux qualités non duelles illimitées se substituent toutes les relations duelles habituelles. (Cf La Voie du Bouddha  chapitre 3 La nature de l’ esprit.)

Si l’on prend སྟོང་ dans sa dimension d’ouverture, ce qui est pertinent dans l’expérience, l’ouvert sans centre ni périphérie, cette ouverture absolue est vacuité, et on peut utiliser le mnémonique OCB, acronyme pour Ouverture Clarté Bonté, en anglais Openness, Clarity, Sensitivity, (sensitivité passe mieux en anglais qu’en français). Lorsque les trois dimensions de l’esprit éveillé OCB ne sont pas reconnues, réalisées, OCB se transforme en le ternaire duel sujet objet relation SOR

 

OCB  SOR ou SOR = 1/ OCB

 

C’est ce que Vajradhāra Kalu présente d’une façon concise, en disant que, lorsque l’ouverture du Dharmakāya n’est pas reconnue, le point de référence central qu’est l’observateur témoin s’y substitue. Lorsque la clarté qui se comprend en elle-même n’est pas reconnue, à cette lucidité opérant en elle-même, se substitue l’expérience de quelque chose d’autre, d’objet.

Lorsque les qualités éveillées illimitées, ces qualités non duelles ne sont pas reconnues, elles deviennent toutes les qualités de l’expérience duelle habituelle.

La conscience dans la phénoménologie opérative

Dans la phénoménologie opérative aussi on parle de la conscience.

Qu’est-ce que la conscience ? Comment la conscience se structure-t-elle ?

Comment རྣམ་ཤེས, la connaissance dichotomique ou la conscience duelle se structure-t-elle ?

On commence par définir ce qu’on entend par conscience ; la conscience duelle signifie qu’il n’y a, à proprement parler, que la « conscience de » quelque chose. Il n’y a de conscience que la cognition qu’un sujet a d’un objet.

C’est ce qui est mentionné avec ང་འཛིན་པའི་སེམས et ཕྱིར་གཟུང་བའི་ཡུལ་, l’esprit intérieur saisisseur, l’objet extérieurement saisi. La saisie cognitive འཛིན་པ་ est aussi ང་འཛིན་ la saisie de l’ego.

A partir de cette vision très simple de la conscience, on peut comprendre que la voie est un processus de dessaisie.

L’illusion est le processus de saisie et la libération de l’illusion est un processus de dessaisie. Cela veut dire que le cœur de la pratique de la méditation en tant que pratique libératrice, consiste justement à opérer cette dessaisie cognitive.

Toute pratique de méditation qui ne serait pas un remède à la saisie cognitive serait futile ou illusoire. C’est ce qu’ont dit de nombreux grands maîtres et accomplis.

C’est là une clé pour analyser aussi ce qui va dans le sens du dharma ou ce qui s’en écarte. On pourrait dire que tout ce qui amène une dessaisie est dharma, tout ce qui renforce la saisie est non dharma, saisie étant འཛིན་པ་.

 

 

LA PROGRESSION DU DHARMA

 

 

Sur le schéma de la roue du Dharma, il est utile de voir la modélisation de la conscience comme étant une polarisation ; གཉིས་འཛིན་ la saisie duelle est une saisie cognitive dans laquelle le sujet et l’objet se posent l’un par rapport à l’autre en détermination réciproque, en interdépendance.

Cette saisie subsiste de la même manière qu’une polarisation électrique ou électromagnétique, qui comporte deux pôles + et – entre lequels on constate une différence de potentiel.

Si le pôle + venait à disparaitre, le pôle – disparaîtrait en même temps. L’un existe par rapport à l’autre et l’un est d’autant plus intense que l’autre l’est aussi. Ils ont la même intensité dans leur codétermination.

Ce modèle de la polarisation de la conscience est très utile et pertinent pour comprendre à la fois la philosophie Cittamātrin en particulier, et aussi pour intégrer la pratique de la méditation et ses principes.

Dans le bas du schéma de la roue du Dharma, au début de la voie, les deux cercles + et – sont représentés avec une distance importante entre les deux. Un lien bidirectionnel, qui entre le + au – et le -, exprime la polarisation.

La polarisation est nommée འཛིན་པ་ et la dépolarisation est འཛིན་མེད c’est- à -dire l’absence de polarisation, qui peut être plus ou moins grande.

Pour être précis, on peut quantifier la polarisation sur une échelle de 0 à 100. Une polarisation à 100% est un maximum de polarisation, une polarisation extrême, dans laquelle on se cogne la tête contre les murs de ses projections, la polarisation infernale. (Cf. dans le schéma ci-dessous ARI = Attraction , Répulsion, Indifférence.)

Moins il y a de polarisation, plus on s’élève dans la hiérarchie des états de la conscience, entendu que lorsqu’on arrive dans les états divins ལྷ, c’est l’endroit où il y a de moins en moins de polarisation, et ce sont des états qui sont, par là- même, des états qui sont de plus en plus ouverts et libres.

Un autre point qu’il est important d’intégrer, c’est la relation qui existe entre la polarisation et l’ouverture.

L’ouverture est inversement proportionnelle à la polarisation, ce qui veut dire que plus il y a de polarisation, plus c’est fermé, moins il y a de polarisation, plus c’est ouvert.

 

C’est quelque chose que tout un chacun rencontre dans son expérience. Si on est complètement polarisé par quelque chose, fixé sur quelque chose, on est obnubilé, on est en quelque sorte possédé par cela, il y a une fermeture ; on est dans une bulle, dans une sorte de polarisation qui est une bulle de moi et mon monde.

Moins il y a de polarisation,  plus la conscience s’ouvre et est ouverte.

Ainsi, toute la pratique profonde telle qu’elle est présentée dans le Mahāmudrā et le Dzogchen est une pratique d’ouverture et de dépolarisation, entendu que la pratique de l’ouverture est le moyen par excellence d’amener à la dépolarisation.

Si on est fixé sur quelque chose, ouvrir la situation est un moyen, le moyen par excellence de relâcher la fixation et son pouvoir de possession.

Ceci sert à introduire les différentes bulles que l’on voit sur le schéma de la roue du Dharma à partir du bas et dans toute la partie gauche ascendante où les + et les – se rapprochent petit à petit. Il y a un moment où le + et le -, le sujet et l’objet en quelque sorte se touchent, et si on conserve la métaphore, quand les deux pôles se touchent, cela fait des étincelles, c’est de nature à provoquer de la lumière, de la clarté, de la luminosité.

Les cercles se rapprochent et fusionnent de plus en plus et dans leur rapprochement, (du sujet et de l’objet) la polarisation se décharge petit à petit jusqu’à se décharger complètement, cette décharge complète étant l’expérience non duelle dans laquelle sujet objet ne sont plus deux.

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