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10a.

La conscience, duelle et passionnelle…

 

La conscience est un processus cognitif duel sous-tendu par la saisie duelle. Dans la perspective philosophique des Cittamātrin སེམས་ཙམ་པ, « rien que l’esprit », la saisie duelle གཉིས་འཛིན་ pose les deux pôles d’une polarité sujet-objet. Il y a, à l’intérieur, l’esprit qui saisit ང་འཛིན་པའི་སེམས et, à l’extérieur, les objets qui sont saisis ཕྱིར་གཟུང་བའི་ཡུལ་

A l’intérieur, l’esprit qui saisit

ང་འཛིན་པའི་སེམས

 

A l’extérieur, les objets qui sont saisis

ཕྱིར་གཟུང་བའི་ཡུལ་

Saisi, saisie expression de la saisie duelle

གཟུང་འཛིན le saisi, la saisie. Les deux, ensemble, définissent la saisie duelle, saisisseur/saisi.

Le couple གཟུང་འཛིན est très intéressant car il illustre la voix བདག (active ou réflexive) et la voix གཞན་ (passive ou transitive) qui sont un paradigme de la grammaire tibétaine.

L’esprit qui saisit est la voix « je » བདག du sujet. Dans notre expérience habituelle, le sujet intérieur, le témoin, saisit une réalité extérieure faite d’objets extérieurs ཕྱིར་གཟུང་བའི་ཡུལ. Les objets extérieurs sont saisis, c’est la voix « autre » གཞན་.

Les deux pôles de la saisie sujet-objet structurent toute notre expérience.

Saisie duelle

གཉིས་འཛིན་

La saisie duelle est duelle au sens où elle pose l’un par rapport à l’autre, le sujet et l’objet.

La saisie pose, en codétermination, ou en détermination réciproque, le sujet et l’objet.

 

Ce qui est inerte

བེམ་པོ

On peut remarquer la distinction entre ce qui est animé et ce qui est inanimé. Ce qui est inanimé, inerte, se dit en tibétain བེམ་པོ : comme le minéral, la matière.

 

Ce qui est animé, les animaux, les vivants

སེམས་ཅན་

Par opposition à l’inerte, à la matière, il y a ce qui est animé, doté d’un esprit, ou d’une conscience, qui se dit སེམས་ཅན་ les êtres vivants, les êtres animés, les vivants.

Littéralement « ceux qui ont un esprit », les vivants, les êtres vivants

 

Question: A propos de སེམས་ཅན་, il est dit que le Bouddha n’est plus considéré comme un être animé car il n’a plus de conscience individuelle.

 

Réponse DR: Oui, c’est juste, au sens où le Bouddha, n’a plus སེམས, l’esprit habituel. Cependant si, en français, vous dites que ce n’est plus un esprit animé, cela peut prêter à confusion ou à interprétation problématique. Mais à proprement parler, le Bouddha n’a plus d’esprit duel, il n’a plus la conscience duelle, il n’a que l’expérience première non-duelle, ce qui ne l’empêche pas d’avoir toutes les facultés cognitives conceptuelles sans pour autant être illusionné par celles-ci. Chez un Bouddha རྣམ་ཤེས a été transmuté en ཡེ་ཤེས.

La conscience, phénomène cyclique

Aussi longtemps que les saṃskāra, les empreintes, les informations karmiques ne sont pas épuisées, il y a une succession d’instants de conscience qui sont comme une pulsation.

En fait, la conscience n’est pas un phénomène linéaire, c’est un phénomène cyclique་

Si on représentait la conscience, ce serait une sinusoïde avec une fréquence suffisamment élevée qui donne l’impression d’une continuité, comme en cinématographie 24 images par seconde donnent l’impression d’un mouvement continu.

Les états de conscience apparaissent, disparaissent dans cette pulsion aussi longtemps que les saṃskāra འདུ་བྱེད ne sont pas épuisés.

Cette pulsation est décrite par le cycle des douze facteurs de la production interdépendante རྟེན་ཅིང་འབྲེལ་བར་འབྱུང་བའི་ཚུལ་བཅུ་གཉིས་. Il y a, dans l’expérience, des moments d’éveil à notre insu, à l’insu de la conscience que je suis, qui sont des mouvements d’ouverture, de clarté, et de bonté non duels, mais qui sont tels, que, s’ils sont non reconnus, une expérience duelle sujet-objet-relation s’y substitue de nouveau, par le pouvoir des saṃskāra འདུ་བྱེད་.

On peut voir une certaine circularité dans la roue du Dharma. Elle est pertinente aussi longtemps que les saṃskāra ne sont pas épuisés, et au moment où les saṃskāra sont épuisés, cela s’arrête dans la non dualité.

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